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Courbes et fractales · 4 affiches · formule n° 32

La cardioïde

La cardioïde est la courbe en forme de cœur décrite par l'équation polaire r = a(1 + cos θ). Elle enferme une aire égale à une fois et demie celle du disque de rayon a, et sa longueur vaut exactement 8a.

Voir les 4 affiches 2 contrôles par le calcul

Une courbe en forme de cœur, en coordonnées polaires. Dessin : 36 cercles centrés sur un même cercle et passant tous par un même point ; leur enveloppe est la cardioïde.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la formule

La cardioïde s'écrit en coordonnées polaires : au lieu de repérer un point par ses coordonnées xx et yy, on donne sa distance rr à un point fixe OO (le pôle) et l'angle θ\theta que fait la direction O→O \to point avec l'axe horizontal.

r=a(1+cos⁡θ)r = a\,(1 + \cos\theta)
  • aa : une longueur fixée, strictement positive, qui règle la taille de la courbe.
  • θ\theta : l'angle, qui parcourt un tour complet, de 00 à 2π2\pi (en radians).
  • rr : la distance au pôle OO du point de la courbe situé dans la direction θ\theta.
  • cos⁡θ\cos\theta : il varie entre −1-1 et 11, donc rr varie entre 00 et 2a2a.

Quelques conséquences se lisent directement sur la formule. Le point le plus éloigné du pôle est obtenu pour θ=0\theta = 0, à la distance 2a2a. Le pôle lui-même est atteint pour θ=π\theta = \pi seulement : c'est la pointe du « cœur », appelée point de rebroussement. Comme cos⁡(−θ)=cos⁡θ\cos(-\theta) = \cos\theta, la courbe est symétrique par rapport à l'axe horizontal.

La même courbe s'obtient de plusieurs façons :

  • c'est une épicycloïde à un rebroussement : la trajectoire d'un point d'un cercle de rayon a2\tfrac{a}{2} qui roule sans glisser à l'extérieur d'un cercle fixe de même rayon ;
  • c'est l'enveloppe des cercles centrés sur un cercle fixe et passant tous par un même point de ce cercle (voir l'affiche) ;
  • c'est un cas particulier des limaçons de Pascal, d'équation r=b+acos⁡θr = b + a\cos\theta, quand b=ab = a.

Deux résultats se démontrent en quelques lignes : son aire vaut 32πa2\tfrac{3}{2}\pi a^2 et sa longueur vaut 8a8a.

Un exemple

Prenons a=2a = 2 cm.

  • Pour θ=0\theta = 0 : r=2×(1+1)=4r = 2 \times (1 + 1) = 4 cm.
  • Pour θ=π2\theta = \tfrac{\pi}{2} (angle droit) : cos⁡π2=0\cos\tfrac{\pi}{2} = 0, donc r=2r = 2 cm.
  • Pour θ=2π3\theta = \tfrac{2\pi}{3} (120°) : cos⁡2π3=−12\cos\tfrac{2\pi}{3} = -\tfrac{1}{2}, donc r=2×12=1r = 2 \times \tfrac{1}{2} = 1 cm.
  • Pour θ=π\theta = \pi : r=2×(1−1)=0r = 2 \times (1 - 1) = 0, la courbe passe par le pôle.

L'aire enfermée vaut 32π×22=6π\tfrac{3}{2}\pi \times 2^2 = 6\pi, soit environ 18,84918{,}849 cm². La longueur de la courbe vaut 8×2=168 \times 2 = 16 cm, un nombre entier, alors que le cercle de rayon 2 cm a un périmètre de 4π4\pi, environ 12,56612{,}566 cm.

Pourquoi c'est vrai

L'aire. En coordonnées polaires, on découpe la surface en fines parts de tarte issues du pôle. Une part d'angle dθd\theta est presque un triangle d'aire 12r2dθ\tfrac{1}{2} r^2\, d\theta. L'aire totale est donc

A=12∫02πa2(1+cos⁡θ)2dθ.A = \frac{1}{2}\int_0^{2\pi} a^2 (1 + \cos\theta)^2 \, d\theta .

On développe (1+cos⁡θ)2=1+2cos⁡θ+cos2⁡θ(1 + \cos\theta)^2 = 1 + 2\cos\theta + \cos^2\theta. Sur un tour complet, ∫02π1dθ=2π\int_0^{2\pi} 1\, d\theta = 2\pi, ∫02πcos⁡θdθ=0\int_0^{2\pi} \cos\theta\, d\theta = 0 et ∫02πcos2⁡θdθ=π\int_0^{2\pi} \cos^2\theta\, d\theta = \pi. D'où A=12a2(2π+0+π)=32πa2A = \tfrac{1}{2} a^2 (2\pi + 0 + \pi) = \tfrac{3}{2}\pi a^2.

La longueur. Pour une courbe polaire, un petit arc mesure r2+r′2dθ\sqrt{r^2 + r'^2}\, d\theta, où r′r' est la dérivée de rr par rapport à θ\theta. Ici r′=−asin⁡θr' = -a\sin\theta, donc

r2+r′2=a2(1+2cos⁡θ+cos2⁡θ+sin2⁡θ)=2a2(1+cos⁡θ)=4a2cos2⁡θ2,r^2 + r'^2 = a^2\left(1 + 2\cos\theta + \cos^2\theta + \sin^2\theta\right) = 2a^2(1 + \cos\theta) = 4a^2\cos^2\tfrac{\theta}{2},

en utilisant 1+cos⁡θ=2cos2⁡θ21 + \cos\theta = 2\cos^2\tfrac{\theta}{2}. Le petit arc vaut donc 2a|cos⁡θ2|dθ2a\left|\cos\tfrac{\theta}{2}\right| d\theta. En posant φ=θ2\varphi = \tfrac{\theta}{2}, la longueur totale est 4a∫0π|cos⁡φ|dφ=4a×2=8a4a\int_0^{\pi} |\cos\varphi|\, d\varphi = 4a \times 2 = 8a.

L'épicycloïde. Faisons rouler un cercle de rayon RR à l'extérieur d'un cercle fixe de même rayon, centré à l'origine. Le centre du cercle mobile tourne à la distance 2R2R de l'origine ; comme il roule sans glisser sur un cercle de même taille, il tourne sur lui-même deux fois plus vite. Un point de son bord, parti de (R,0)(R, 0), décrit alors la courbe x=2Rcos⁡t−Rcos⁡2tx = 2R\cos t - R\cos 2t, y=2Rsin⁡t−Rsin⁡2ty = 2R\sin t - R\sin 2t. Plaçons la pointe au pôle en posant X=R−xX = R - x et Y=yY = y. Avec cos⁡2t=2cos2⁡t−1\cos 2t = 2\cos^2 t - 1 et sin⁡2t=2sin⁡tcos⁡t\sin 2t = 2\sin t\cos t, on trouve

X=−2R(1−cos⁡t)cos⁡t,Y=2R(1−cos⁡t)sin⁡t.X = -2R(1 - \cos t)\cos t, \qquad Y = 2R(1 - \cos t)\sin t .

C'est le point situé à la distance 2R(1−cos⁡t)2R(1 - \cos t) du pôle, dans la direction φ=π−t\varphi = \pi - t. Comme 1−cos⁡t=1+cos⁡φ1 - \cos t = 1 + \cos\varphi, on retrouve exactement r=a(1+cos⁡φ)r = a(1 + \cos\varphi) avec a=2Ra = 2R, c'est-à-dire un cercle mobile de rayon a2\tfrac{a}{2}.

L'équation cartésienne. En multipliant r=a+acos⁡θr = a + a\cos\theta par rr, et en se souvenant que r2=x2+y2r^2 = x^2 + y^2 et rcos⁡θ=xr\cos\theta = x, on obtient x2+y2−ax=arx^2 + y^2 - ax = ar. En élevant au carré : (x2+y2−ax)2=a2(x2+y2)(x^2 + y^2 - ax)^2 = a^2(x^2 + y^2). Élever au carré n'ajoute ici aucun point parasite (les solutions supplémentaires redonnent la même courbe), et l'on obtient une équation de degré 4 : la cardioïde est une courbe algébrique.

Un peu d'histoire

La courbe a été étudiée avant d'avoir un nom. Parmi les premiers travaux, on cite ceux d'Ole Rømer (1674) et de Philippe de La Hire, qui en calcule la longueur en 1708. Le nom « cardioïde », du grec kardia, « cœur », apparaît en 1741 dans un article de Castillon publié dans les Philosophical Transactions de la Royal Society.

Plus de deux siècles plus tard, la cardioïde est réapparue là où on ne l'attendait pas : la région principale de l'ensemble de Mandelbrot est bordée par une cardioïde. Cette région rassemble les nombres complexes cc pour lesquels l'application z↦z2+cz \mapsto z^2 + c possède un point fixe attractif, c'est-à-dire un nombre zz tel que z2+c=zz^2 + c = z, autour duquel la dérivée 2z2z vérifie |2z|<1|2z| < 1. Sur le bord de la région, |2z|=1|2z| = 1, donc z=12eitz = \tfrac{1}{2}e^{it} pour un angle tt, et c=z−z2=12eit−14e2itc = z - z^2 = \tfrac{1}{2}e^{it} - \tfrac{1}{4}e^{2it}. Un calcul montre que c−14=12(1−cos⁡t)eitc - \tfrac{1}{4} = \tfrac{1}{2}(1 - \cos t)\, e^{it} : vue depuis le point 14\tfrac{1}{4}, c'est une cardioïde de paramètre a=12a = \tfrac{1}{2}, dont la pointe est en 14\tfrac{1}{4} et qui s'étend jusqu'à −34-\tfrac{3}{4} sur l'axe réel.

Ce que montre l'affiche

Le dessin est calculé par un programme écrit pour l'atelier, à partir de la formule elle-même. Un cercle en pointillés, de diamètre aa, passe par le pôle OO. Sur ce cercle, le programme place 36 centres régulièrement espacés et trace autour de chacun le cercle qui passe par OO. Chacun de ces 36 cercles touche la cardioïde sans la traverser (le programme le vérifie), si bien que la cardioïde, tracée en trait épais, apparaît comme leur enveloppe. L'affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • aire = 3πa²/2obtenu 4.712388980384715, attendu 4.71238898038469, écart 5.47e-15 (tolérance 1e-10)
  • chaque cercle du dessin touche la cardioïde sans la traverserdistance de contact maximale 0.00e+0

Sources

Questions fréquentes

Quelle est l'équation d'une cardioïde ?

En coordonnées polaires, r=a(1+cos⁡θ)r = a(1 + \cos\theta), avec a>0a > 0 et θ\theta allant de 00 à 2π2\pi. En coordonnées cartésiennes, la même courbe vérifie (x2+y2−ax)2=a2(x2+y2)(x^2 + y^2 - ax)^2 = a^2(x^2 + y^2).

Comment calculer l'aire d'une cardioïde ?

On intègre 12r2\tfrac{1}{2}r^2 sur un tour complet, ce qui donne 32πa2\tfrac{3}{2}\pi a^2. Pour a=2a = 2 cm, on trouve 6π6\pi, soit environ 18,84918{,}849 cm².

Quelle est la longueur d'une cardioïde ?

Exactement 8a8a. Le calcul utilise l'identité 1+cos⁡θ=2cos2⁡θ21 + \cos\theta = 2\cos^2\tfrac{\theta}{2}, qui fait disparaître la racine carrée.

Pourquoi y a-t-il une cardioïde dans l'ensemble de Mandelbrot ?

La région principale de l'ensemble de Mandelbrot correspond aux valeurs de cc pour lesquelles z↦z2+cz \mapsto z^2 + c a un point fixe attractif. Le bord de cette région s'écrit c=12eit−14e2itc = \tfrac{1}{2}e^{it} - \tfrac{1}{4}e^{2it}, qui est une cardioïde.

Comment tracer une cardioïde sans calcul ?

Faites rouler une pièce de monnaie autour d'une pièce identique maintenue fixe : un point du bord de la pièce mobile décrit une cardioïde. On peut aussi tracer de nombreux cercles centrés sur un même cercle et passant par un même point de celui-ci : leur enveloppe est une cardioïde.