Analyse · 4 affiches · formule n° 44
Le théorème fondamental de l’analyse
Pour calculer l’aire sous la courbe d’une fonction continue f entre a et b, il suffit de connaître une primitive F de f : l’intégrale vaut F(b) − F(a). Dériver et intégrer sont deux opérations inverses l’une de l’autre.
Quatre styles
Les affiches
La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.
Ce que dit la formule
Soit une fonction continue sur un intervalle , et une primitive de sur cet intervalle, c’est-à-dire une fonction dérivable telle que pour tout de . Alors :
- est l’intégrale de entre et . Pour une fonction positive, c’est l’aire comprise entre la courbe, l’axe des abscisses et les droites verticales et ; les parties où est négative comptent négativement.
- Le signe est un S allongé, pour « somme », et rappelle la largeur infiniment petite des tranches que l’on additionne.
- est une primitive de : sa dérivée est . Une fonction a une infinité de primitives, qui diffèrent d’une constante, et la différence ne dépend pas de celle que l’on choisit.
- On note souvent .
Le théorème a une seconde partie, qui dit pourquoi les primitives existent : si est continue sur , la fonction
(l’aire accumulée depuis ) est dérivable et . Autrement dit, toute fonction continue a une primitive, et la dérivée de l’aire est la hauteur de la courbe.
La continuité compte : pour une fonction « en marche d’escalier », qui vaut 0 avant 0 et 1 après, l’aire accumulée a une pente 0 à gauche de 0 et une pente 1 à droite. Elle n’est pas dérivable en 0, et la fonction en marche n’a pas de primitive sur un intervalle contenant 0.
Un exemple
Calculons l’aire sous une arche de sinusoïde, de à . Une primitive de est , puisque la dérivée de est . Donc :
L’aire de l’arche vaut exactement 2.
On peut approcher cette même aire sans primitive, par des sommes de Riemann : on découpe en bandes de même largeur et l’on remplace chaque bande par un rectangle dont la hauteur est la valeur de au milieu de la bande. La somme des aires des rectangles vaut environ :
- avec 4 rectangles ;
- avec 8 rectangles ;
- avec 32 rectangles ;
- avec 1 000 rectangles.
Elle tend vers 2, la valeur donnée par la primitive. Avec la hauteur prise au bord gauche de chaque bande, on obtient environ , et : les sommes montent vers la même limite.
Autre exemple : , environ , avec la primitive .
Pourquoi c’est vrai
La démonstration se fait en deux temps, et elle est accessible.
1. La dérivée de l’aire est la hauteur. Reprenons . Pour petit, est l’aire d’une bande étroite de largeur , entre et . Cette bande est comprise entre deux rectangles de largeur : l’un de hauteur , le minimum de sur , l’autre de hauteur , son maximum. Donc
Comme est continue, et tendent tous deux vers quand tend vers 0. Le taux d’accroissement, coincé entre eux, tend aussi vers (le cas se traite de la même façon). Ainsi : est une primitive de .
2. Toutes les primitives donnent le même résultat. Si est une autre primitive, la fonction a une dérivée nulle sur l’intervalle ; elle est donc constante (c’est une conséquence du théorème des accroissements finis). Il existe un nombre tel que , d’où
C’est toute la formule. Pour l’arche de sinus, : c’est la primitive décalée de la constante 1.
Un peu d’histoire
Calculer des aires et tracer des tangentes ont longtemps été deux problèmes séparés. Au XVIIe siècle, James Gregory publie une première forme du théorème, très géométrique, et Isaac Barrow en donne une démonstration plus générale. Son élève Isaac Newton, puis Gottfried Wilhelm Leibniz, en font le cœur du calcul infinitésimal ; les notations et viennent de Leibniz.
Au XIXe siècle, Augustin-Louis Cauchy puis Bernhard Riemann donnent une définition rigoureuse de l’intégrale, sans recours à l’intuition de l’aire ; les sommes de Riemann de l’exemple portent le nom du second.
Ce que montre l’affiche
Trois fois la même arche de , entre et , remplie de rectangles dont la hauteur est prise au milieu de chaque bande : 4 rectangles en haut, 8 au milieu, 32 en bas. À côté de chaque arche, le programme écrit la somme des aires des rectangles, calculée et tronquée : , , . Sous la formule, la ligne donne la limite exacte. L’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.
Pour aller plus loin
- La dérivée, l’autre moitié du théorème.
- L’intégrale de Gauss, une intégrale célèbre qui se calcule sans primitive usuelle.
- La série de Fourier, dont les coefficients sont des intégrales.
- Théorème fondamental de l’analyse sur Wikipédia (nouvel onglet) et Fundamental Theorems of Calculus sur Wolfram MathWorld (nouvel onglet), en anglais.
Vérifiée par le calcul
Les contrôles de cette formule
Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode
- sin sur [0, π] : sommes de Riemann (n = 10, 100, 1 000, 10 000) → F(b) − F(a) = 2.000000écarts 8.2e-3 ; 8.2e-5 ; 8.2e-7 ; 8.2e-9 ; rectangles à gauche (n = 100 000) 1.6e-10
- x² sur [0, 2] : sommes de Riemann (n = 10, 100, 1 000, 10 000) → F(b) − F(a) = 2.666667écarts 6.7e-3 ; 6.7e-5 ; 6.7e-7 ; 6.7e-9 ; rectangles à gauche (n = 100 000) 4.0e-5
- eˣ sur [0, 1] : sommes de Riemann (n = 10, 100, 1 000, 10 000) → F(b) − F(a) = 1.718282écarts 7.2e-4 ; 7.2e-6 ; 7.2e-8 ; 7.2e-10 ; rectangles à gauche (n = 100 000) 8.6e-6
- 1/x sur [1, e] : sommes de Riemann (n = 10, 100, 1 000, 10 000) → F(b) − F(a) = 1.000000écarts 1.1e-3 ; 1.1e-5 ; 1.1e-7 ; 1.1e-9 ; rectangles à gauche (n = 100 000) 5.4e-6
- cos sur [0, π/2] : sommes de Riemann (n = 10, 100, 1 000, 10 000) → F(b) − F(a) = 1.000000écarts 1.0e-3 ; 1.0e-5 ; 1.0e-7 ; 1.0e-9 ; rectangles à gauche (n = 100 000) 7.9e-6
- 1/(1 + x²) sur [0, 1] : sommes de Riemann (n = 10, 100, 1 000, 10 000) → F(b) − F(a) = 0.785398écarts 2.1e-4 ; 2.1e-6 ; 2.1e-8 ; 2.1e-10 ; rectangles à gauche (n = 100 000) 2.5e-6
- dérivée numérique de x ↦ ∫ₐˣ f(t) dt = f(x) (6 fonctions, 3 points chacune)écart maximal 3.33e-7
- contre-exemple : pour f discontinue (marche en 0), x ↦ ∫ f a une pente 1 à droite de 0 et 0 à gauchepentes 1.0000 et 0.0000
- dessin : sommes de 4, 8, 32 rectangles = (π/n)/sin(π/2n), décroissantes vers 22.052344 ; 2.012909 ; 2.000803
- valeur affichée : −cos π + cos 0 = 2
Sources
Questions fréquentes
Que dit le théorème fondamental de l’analyse ?
Si f est continue sur [a, b] et si F est une primitive de f, alors l’intégrale de f entre a et b vaut F(b) − F(a). Il dit aussi que la fonction x ↦ ∫ₐˣ f(t) dt est une primitive de f.
Quelle est la différence entre une intégrale et une primitive ?
Une intégrale entre deux bornes est un nombre, une aire comptée avec son signe. Une primitive est une fonction dont la dérivée est f. Le théorème fondamental permet de calculer le nombre à partir de la fonction.
Pourquoi la constante d’intégration disparaît-elle ?
Deux primitives diffèrent d’une constante C. Dans F(b) − F(a), cette constante apparaît deux fois et s’annule : le résultat ne dépend pas de la primitive choisie.
Combien vaut l’intégrale de sin x entre 0 et π ?
Elle vaut 2. Avec la primitive −cos x, on calcule −cos π + cos 0 = 1 + 1 = 2.
Qu’est-ce qu’une somme de Riemann ?
C’est une approximation de l’intégrale par des rectangles : on découpe l’intervalle en bandes et l’on additionne largeur × hauteur. Pour une fonction continue, ces sommes tendent vers l’intégrale quand les bandes deviennent de plus en plus fines.



