Aller au contenu

Courbes et fractales · 4 affiches · formule n° 30

L’ensemble de Mandelbrot

On choisit un nombre complexe c, on part de zéro, puis on élève au carré et on ajoute c, encore et encore. L’ensemble de Mandelbrot rassemble les nombres c pour lesquels cette suite ne s’envole pas vers l’infini.

Voir les 4 affiches 3 contrôles par le calcul

L’ensemble des nombres complexes cc pour lesquels la suite reste bornée. Dessin : les lignes de niveau du nombre d’étapes qu’il faut à la suite pour s’éloigner de 0.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la formule

zn+1=zn2+c,z0=0z_{n+1} = z_n^2 + c, \qquad z_0 = 0

Pour chaque nombre complexe cc, on calcule la suite z0=0z_0 = 0, z1=cz_1 = c, z2=c2+cz_2 = c^2 + c, et ainsi de suite. L’ensemble de Mandelbrot, noté MM, est l’ensemble des nombres cc pour lesquels cette suite reste bornée, c’est-à-dire ne s’éloigne pas indéfiniment de 0.

  • cc : un nombre complexe a+bia + b\,i, avec i2=−1i^2 = -1. On le représente par le point de coordonnées (a,b)(a, b) du plan : chaque point du plan est donc soit dans l’ensemble, soit dehors.
  • znz_n : le nn-ième terme de la suite, lui aussi complexe. Pour l’élever au carré, on utilise (x+yi)2=x2−y2+2xyi(x + y\,i)^2 = x^2 - y^2 + 2xy\,i.
  • nn : le numéro de l’étape (0, 1, 2…).
  • z0=0z_0 = 0 : le point de départ, toujours le même. Seul cc change d’un point du plan à l’autre.

Quelques propriétés démontrées : l’ensemble est contenu dans le disque de rayon 2 centré en 0 ; ses points réels forment exactement l’intervalle [−2;1/4][-2 ; 1/4] ; il est connexe (d’un seul tenant), résultat d’Adrien Douady et John H. Hubbard. Sa grande partie centrale est délimitée par une cardioïde. Son aire n’est connue qu’approximativement : environ 1,5065.

Le lien avec les ensembles de Julia. On peut aussi fixer cc et faire varier le point de départ z0z_0 : les points de départ dont la suite reste bornée forment l’ensemble de Julia rempli associé à cc. Un théorème remontant aux travaux de Fatou et Julia affirme que cet ensemble est d’un seul tenant exactement quand la suite partie de 0 reste bornée, c’est-à-dire quand cc appartient à l’ensemble de Mandelbrot. Celui-ci est donc une carte qui classe tous les ensembles de Julia de la famille z2+cz^2 + c.

Un exemple

  • c=−1c = -1 : 0,−1,0,−1,0,…0, -1, 0, -1, 0, \dots La suite tourne en rond : −1-1 est dans l’ensemble.
  • c=ic = i : 0, i, −1+i, −i, −1+i, −i,…0,\ i,\ -1 + i,\ -i,\ -1 + i,\ -i, \dots (en effet (−1+i)2+i=−2i+i=−i(-1+i)^2 + i = -2i + i = -i et (−i)2+i=−1+i(-i)^2 + i = -1 + i). La suite est bornée : ii est dans l’ensemble.
  • c=1c = 1 : 0,1,2,5,26,677,…0, 1, 2, 5, 26, 677, \dots La suite explose : 11 n’est pas dans l’ensemble.
  • c=0,3c = 0{,}3 : la suite grimpe lentement, 0,30{,}3 ; 0,390{,}39 ; 0,45210{,}4521 ; … ; z11≈1,375z_{11} \approx 1{,}375, puis z12≈2,193z_{12} \approx 2{,}193, qui dépasse 2. D’après le critère démontré plus bas, la suite tend alors vers l’infini : 0,30{,}3 n’est pas dans l’ensemble.
  • c=0,25c = 0{,}25 : la suite croît vers 1/21/2 sans jamais l’atteindre (z1000≈0,499z_{1000} \approx 0{,}499). En effet, si 0≤z≤1/20 \le z \le 1/2, alors z2+1/4≤1/4+1/4=1/2z^2 + 1/4 \le 1/4 + 1/4 = 1/2. Le point 1/41/4 est dans l’ensemble : c’est la pointe de la cardioïde.

Pourquoi c’est vrai

Pour dessiner l’ensemble, on ne peut pas calculer une infinité de termes. Tout repose sur un critère simple, qui se démontre en quelques lignes : si un terme dépasse 2 en module, la suite tend vers l’infini.

Supposons |zn|=2+ε|z_n| = 2 + \varepsilon avec ε>0\varepsilon > 0, et |zn|≥|c||z_n| \ge |c|. Par l’inégalité triangulaire,

|zn+1|=|zn2+c|≥|zn|2−|c|≥|zn|2−|zn|=|zn|(1+ε).|z_{n+1}| = |z_n^2 + c| \ge |z_n|^2 - |c| \ge |z_n|^2 - |z_n| = |z_n|\,(1 + \varepsilon).

Le module grandit d’un facteur au moins 1+ε1 + \varepsilon, les deux hypothèses restent vraies à l’étape suivante, et ainsi de suite : |zn||z_n| dépasse tout nombre fixé.

  • Si |c|>2|c| > 2, alors z1=cz_1 = c vérifie les deux hypothèses : la suite s’envole. L’ensemble est donc dans le disque de rayon 2.
  • Si |c|≤2|c| \le 2 et qu’un terme dépasse 2, ce terme dépasse aussi |c||c| : même conclusion.

Ainsi, cc est dans l’ensemble si et seulement si tous les termes restent de module inférieur ou égal à 2. Pour un réel c>1/4c > 1/4, on a de plus zn+1−zn=(zn−1/2)2+(c−1/4)≥c−1/4>0z_{n+1} - z_n = (z_n - 1/2)^2 + (c - 1/4) \ge c - 1/4 > 0 : la suite augmente au moins de c−1/4c - 1/4 à chaque étape et part à l’infini. C’est pourquoi l’ensemble s’arrête à 1/41/4 sur l’axe réel.

Un peu d’histoire

L’itération des fonctions complexes a été étudiée au début du XXe siècle par Pierre Fatou et Gaston Julia. Une première représentation de l’ensemble paraît en 1978 dans un article de Robert W. Brooks et Peter Matelski. Le 1er mars 1980, au centre de recherche Thomas J. Watson d’IBM, Benoît Mandelbrot en obtient une visualisation par ordinateur, et il publie la même année un article sur le sujet. Dans les années 1980, Adrien Douady et John H. Hubbard en établissent les propriétés fondamentales et lui donnent le nom de Mandelbrot (Wikipédia (nouvel onglet)).

Qu’est-ce qu’une fractale ? Le mot a été forgé par Mandelbrot en 1975, à partir du latin fractus, « brisé », l’année de son livre Les Objets fractals. Il n’existe pas de définition unique. Mandelbrot avait proposé un critère : un ensemble dont la dimension de Hausdorff dépasse strictement la dimension topologique ; il l’a lui-même retiré par la suite, en raison de ses défauts. Dans l’usage, une fractale est une forme qui présente des détails à toutes les échelles, souvent avec une autosimilarité exacte ou approchée. Attention : une dimension non entière n’est pas nécessaire. La frontière de l’ensemble de Mandelbrot a une dimension de Hausdorff égale à 2, résultat de Mitsuhiro Shishikura, alors que c’est une courbe, de dimension topologique 1. L’ensemble contient aussi une infinité de petites copies presque identiques de lui-même.

Ce que montre l’affiche

Le programme de l’atelier parcourt une grille fine de points cc, de −2,25-2{,}25 à 0,750{,}75 en partie réelle et de −1,25-1{,}25 à 1,251{,}25 en partie imaginaire. Pour chacun, il compte les étapes nécessaires pour que la suite s’éloigne de 0, jusqu’à 400 étapes, avec un léger lissage. Le dessin trace les lignes de niveau de ce nombre d’étapes, de 2 à 399 : les plus extérieures sont lisses et arrondies, puis elles épousent de plus en plus les bourgeons de l’ensemble, dont le contour approché est tracé d’un trait plus appuyé. L’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • c = 0, −1, −2, i appartiennent à l’ensemble
  • c = 1, 0,3, −2,1, 1 + i n’y appartiennent pas
  • les points juste à l’intérieur de la cardioïde principale sont dans l’ensemble

Sources

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une fractale ?

C’est une forme qui présente des détails à toutes les échelles, souvent semblables au tout. Il n’en existe pas de définition unique ; le mot a été créé par Benoît Mandelbrot en 1975, du latin fractus, « brisé ».

Qui a découvert l’ensemble de Mandelbrot ?

Une première image paraît en 1978 chez Robert W. Brooks et Peter Matelski ; Benoît Mandelbrot en obtient une visualisation par ordinateur en 1980. Adrien Douady et John H. Hubbard en ont ensuite démontré les propriétés fondamentales et lui ont donné son nom.

Pourquoi s’arrête-t-on quand la suite dépasse 2 ?

Parce qu’on démontre que, dès qu’un terme dépasse 2 en module, la suite tend vers l’infini. Le point c est alors certainement hors de l’ensemble.

L’ensemble de Mandelbrot est-il infini ?

Non : il tient dans un disque de rayon 2 et son aire vaut environ 1,5065. Mais sa frontière a une infinité de détails, si bien que sa longueur est infinie.

Quel est le lien avec les ensembles de Julia ?

Pour chaque c, l’ensemble de Julia de z² + c est d’un seul tenant exactement quand c appartient à l’ensemble de Mandelbrot. Celui-ci sert ainsi de carte de tous les ensembles de Julia.