Aller au contenu

Analyse · 4 affiches · formule n° 19

L’équation de la chaleur

L’équation de la chaleur décrit comment la température s’égalise dans un objet. Elle dit qu’un point plus chaud que ses voisins se refroidit, d’autant plus vite que le profil de température est bombé.

Voir les 4 affiches 2 contrôles par le calcul

u(x,t)u(x, t) est la température, α>0\alpha > 0 la diffusivité (Fourier, 1822). Dessin : une barre chauffée en son milieu, extrémités maintenues à 0 ; la chaleur s’étale au fil du temps.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la formule

On considère une barre mince et homogène, isolée sur toute sa surface latérale (la chaleur ne circule que le long de la barre), sans source de chaleur à l’intérieur. Si u(x,t)u(x, t) désigne la température au point d’abscisse xx et à l’instant tt, alors

∂u∂t=α∂2u∂x2\frac{\partial u}{\partial t} = \alpha\, \frac{\partial^2 u}{\partial x^2}

En clair : la vitesse à laquelle la température change en un point est proportionnelle à la courbure du profil de température en ce point. Un point plus froid que la moyenne de ses voisins (profil creusé) se réchauffe ; un point chaud au sommet d’une bosse se refroidit.

L’équation seule ne suffit pas à connaître la température. Il faut lui ajouter la température initiale u(x,0)u(x, 0) et des conditions aux bords, par exemple des extrémités maintenues à température fixe. Sur une barre de longueur finie, avec ces données, le problème a une solution et une seule.

  • u(x,t)u(x, t) : la température (en kelvins ou en degrés Celsius) au point xx (en mètres) à l’instant tt (en secondes).
  • ∂u∂t\frac{\partial u}{\partial t} : la dérivée partielle par rapport au temps, c’est-à-dire la vitesse de variation de la température en un point fixé.
  • ∂2u∂x2\frac{\partial^2 u}{\partial x^2} : la dérivée seconde par rapport à la position, à instant fixé ; elle mesure la courbure du profil de température.
  • α>0\alpha > 0 : la diffusivité thermique du matériau, en m²/s. Elle vaut α=λρc\alpha = \frac{\lambda}{\rho\, c}, où λ\lambda est la conductivité thermique, ρ\rho la masse volumique et cc la capacité thermique massique. Ordres de grandeur : environ 1,11×10−41{,}11 \times 10^{-4} m²/s pour le cuivre, environ 1,43×10−71{,}43 \times 10^{-7} m²/s pour l’eau à 25 °C.

Dans un solide en trois dimensions, la même loi s’écrit ∂u∂t=αΔu\frac{\partial u}{\partial t} = \alpha\, \Delta u, où le laplacien Δu\Delta u est la somme des trois dérivées secondes selon xx, yy et zz.

Un exemple

Prenons une barre de cuivre de longueur L=1L = 1 m dont les deux extrémités sont maintenues à 0 °C. Supposons qu’à l’instant initial la température suive un arc de sinus, maximal au milieu : u(x,0)=U0sin⁡(πxL)u(x, 0) = U_0 \sin\left(\frac{\pi x}{L}\right).

La fonction u(x,t)=U0e−απ2t/L2sin⁡(πxL)u(x, t) = U_0\, e^{-\alpha \pi^2 t / L^2} \sin\left(\frac{\pi x}{L}\right) est la solution. Vérifions-le pas à pas.

  1. Dérivée par rapport au temps : ∂u∂t=−απ2L2u\frac{\partial u}{\partial t} = -\frac{\alpha \pi^2}{L^2}\, u.
  2. Dérivée seconde par rapport à xx : ∂2u∂x2=−π2L2u\frac{\partial^2 u}{\partial x^2} = -\frac{\pi^2}{L^2}\, u, donc α∂2u∂x2=−απ2L2u\alpha \frac{\partial^2 u}{\partial x^2} = -\frac{\alpha \pi^2}{L^2}\, u : les deux membres sont égaux.
  3. En x=0x = 0 et x=Lx = L, le sinus est nul : les extrémités restent à 0 °C. À t=0t = 0, on retrouve le profil de départ.

Le profil garde sa forme d’arc, mais sa hauteur décroît exponentiellement, avec un temps caractéristique τ=L2απ2\tau = \frac{L^2}{\alpha \pi^2}. Avec α=1,11×10−4\alpha = 1{,}11 \times 10^{-4} m²/s :

τ=11,11×10−4×π2≈912,8 s\tau = \frac{1}{1{,}11 \times 10^{-4} \times \pi^2} \approx 912{,}8 \text{ s}

soit un peu plus de 15 minutes pour que l’écart de température soit divisé par e≈2,718e \approx 2{,}718. Il est divisé par deux au bout de τln⁡2\tau \ln 2, environ 632 secondes (10 min 32 s).

Pour une barre de 10 cm, τ\tau tombe à environ 9,12 secondes : une barre dix fois plus courte s’égalise cent fois plus vite, car le temps de diffusion varie comme le carré de la longueur. Ce calcul néglige les pertes par la surface de la barre, que le modèle suppose isolée.

Pourquoi c’est vrai

Ce n’est pas un théorème de mathématiques : l’équation découle de deux lois physiques.

  1. La loi de Fourier. Le flux de chaleur φ\varphi (en watts par mètre carré) qui traverse une section de la barre va du chaud vers le froid et est proportionnel à la pente de la température : φ=−λ∂u∂x\varphi = -\lambda\, \frac{\partial u}{\partial x}.
  2. La conservation de l’énergie. Isolons une tranche de barre entre xx et x+dxx + \mathrm{d}x, de section SS. Par unité de temps, elle reçoit Sφ(x)S\,\varphi(x) par la gauche et perd Sφ(x+dx)S\,\varphi(x + \mathrm{d}x) par la droite. Cette différence sert à la chauffer : elle vaut ρcSdx∂u∂t\rho\, c\, S\, \mathrm{d}x\, \frac{\partial u}{\partial t}.

En divisant par SdxS\, \mathrm{d}x et en faisant tendre dx\mathrm{d}x vers 0, on obtient ρc∂u∂t=−∂φ∂x=λ∂2u∂x2\rho\, c\, \frac{\partial u}{\partial t} = -\frac{\partial \varphi}{\partial x} = \lambda\, \frac{\partial^2 u}{\partial x^2} lorsque λ\lambda est constante. Il reste à diviser par ρc\rho\, c.

Pour résoudre l’équation, Fourier a eu l’idée de décomposer la température initiale en une somme de sinus sin⁡(nπxL)\sin\left(\frac{n \pi x}{L}\right). Chacun se comporte comme dans l’exemple ci-dessus, mais s’éteint avec le facteur e−αn2π2t/L2e^{-\alpha n^2 \pi^2 t / L^2} : les ondulations fines (grands nn) disparaissent très vite, ce qui explique que la chaleur lisse toujours les irrégularités. Justifier rigoureusement cette décomposition, la série de Fourier, a occupé les mathématiciens pendant tout le XIXe siècle.

Un peu d’histoire

Joseph Fourier (1768-1830) commence à étudier la propagation de la chaleur alors qu’il est préfet de l’Isère, à Grenoble. Le 21 décembre 1807, il présente à l’Institut de France un mémoire sur la propagation de la chaleur dans les corps solides. Lagrange et Laplace contestent notamment l’idée de développer des fonctions quelconques en séries trigonométriques.

L’Institut met le sujet au concours pour son prix de mathématiques de 1811. Fourier remporte le prix, mais le rapport du jury émet des réserves sur la généralité et la rigueur de son analyse. Son grand ouvrage, la Théorie analytique de la chaleur, paraît finalement en 1822. Les séries qui portent son nom sont devenues l’un des outils centraux des mathématiques et de la physique.

Ce que montre l’affiche

Le dessin montre une barre dont la moitié centrale, de 14\frac{1}{4} à 34\frac{3}{4} de la longueur, est portée à une température uniforme, les extrémités restant à 0 (profil en créneau, en pointillés). Dix courbes, du premier instant au dernier, montrent la température calculée par la solution de Fourier, une série de 200 sinus. Les angles du créneau s’arrondissent, la bosse s’affaisse et s’élargit ; à la dernière date tracée, le centre ne garde plus qu’environ 15 % de sa température initiale et le profil est presque un arc de sinus pur. L’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Sources : Équation de la chaleur (Wikipédia) (nouvel onglet), Heat Conduction Equation (MathWorld) (nouvel onglet), Fourier, Théorie analytique de la chaleur (Gallica) (nouvel onglet), biographie de Fourier (MacTutor) (nouvel onglet), diffusivités thermiques (Wikipedia) (nouvel onglet).

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • ∂u/∂t = α ∂²u/∂x² en (x = 0,37 ; t = 0,01)obtenu -13.264441073135291, attendu -13.26444016847006, écart 6.82e-8 (tolérance 0.0001)
  • la série et une simulation pas à pas donnent la même température à t = 0,02écart maximal 4.68e-5

Sources

Questions fréquentes

Qui a découvert l’équation de la chaleur ?

Joseph Fourier, qui la présente dans un mémoire lu à l’Institut de France en 1807. Il la développe dans sa Théorie analytique de la chaleur, publiée en 1822.

Qu’est-ce que la diffusivité thermique ?

C’est le coefficient α de l’équation, en m²/s : la conductivité thermique divisée par le produit de la masse volumique et de la capacité thermique massique. Plus elle est grande, plus les écarts de température s’effacent vite.

Quelle différence entre la loi de Fourier et l’équation de la chaleur ?

La loi de Fourier dit que le flux de chaleur est proportionnel à la pente de la température. L’équation de la chaleur combine cette loi avec la conservation de l’énergie pour décrire l’évolution de la température dans le temps.

Comment résoudre l’équation de la chaleur ?

Sur une barre de longueur finie, on décompose la température initiale en série de sinus (méthode de Fourier) ; chaque terme décroît exponentiellement. Pour les formes compliquées, on utilise des méthodes numériques, comme les différences finies.

L’équation de la chaleur sert-elle à autre chose qu’à la chaleur ?

Oui : la même équation décrit la diffusion d’un soluté (loi de Fick), et elle apparaît en probabilités, où sa solution élémentaire est une courbe de Gauss.