Géométrie · 4 affiches · formule n° 57
La relation de Chasles
La relation de Chasles dit qu’aller de A à B puis de B à C revient, en vecteurs, à aller directement de A à C. C’est la règle d’addition des vecteurs mis bout à bout, valable quel que soit le point de passage.
Quatre styles
Les affiches
La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.
Ce que dit la relation
Pour trois points quelconques , et du plan ou de l’espace :
- est le vecteur qui va de à : il a une direction, un sens et une longueur.
- est le vecteur qui va de à ; il part du point d’arrivée du premier.
- est le vecteur qui va directement de à .
Aucune condition n’est imposée aux points : ils peuvent être alignés, confondus, ou placés n’importe où. La seule exigence porte sur l’écriture : la lettre qui termine le premier vecteur doit commencer le second. Ainsi n’est pas égal à en général.
Attention, l’égalité porte sur des vecteurs, pas sur des longueurs. Les distances vérifient seulement l’inégalité triangulaire .
Quelques conséquences immédiates :
- , donc .
- Pour une chaîne de points, .
- On peut faire apparaître n’importe quel point : pour tout point , . C’est un outil de base des démonstrations en géométrie.
La même relation se retrouve sous d’autres formes, qui portent aussi le nom de Chasles en France :
- Mesures algébriques sur une droite orientée : , où est la longueur précédée du signe + si l’on va de vers dans le sens de la droite, et du signe − sinon. Elle reste vraie même quand n’est pas entre et .
- Intégrales : pour une fonction continue sur un intervalle contenant , et , , quel que soit l’ordre de , et .
- Angles orientés de vecteurs non nuls : , à un multiple de près.
Des exemples
Avec des coordonnées. Prenons , et . Les coordonnées d’un vecteur s’obtiennent en retranchant celles du point de départ de celles du point d’arrivée :
- ;
- ;
- leur somme vaut , et l’on trouve bien .
Sur un axe. Sur une droite graduée, plaçons en 2, en 7 et en −1. Alors , et : on a bien , alors que n’est pas entre et .
Un déplacement. Une personne marche 3 km vers l’est, puis 4 km vers le nord. Elle a parcouru 7 km, mais son déplacement total, la somme des deux vecteurs, la place à km de son point de départ.
Avec une intégrale. et ; leur somme, , est bien .
Pourquoi c’est vrai
Tout dépend de la façon dont on définit les vecteurs.
Avec les translations, définition géométrique du vecteur : le vecteur représente la translation qui envoie sur , et l’on définit la somme de deux vecteurs comme le vecteur de la translation obtenue en effectuant l’une puis l’autre. La translation de vecteur envoie sur , puis celle de vecteur envoie sur : l’ensemble envoie sur , c’est la translation de vecteur . Dans cette présentation, la relation de Chasles est presque la définition de l’addition.
Avec des coordonnées, dans un repère : si , et , alors
car les coordonnées de s’éliminent. Le calcul est identique dans l’espace avec une troisième coordonnée, et sur un axe avec une seule : c’est la forme des mesures algébriques.
Pour les intégrales, si est une primitive de , le théorème fondamental de l’analyse donne , et le même jeu d’élimination fournit .
Un peu d’histoire
La relation porte le nom du mathématicien français Michel Chasles (1793-1880), professeur de géométrie supérieure à la Sorbonne. Dans la préface de son Traité de géométrie supérieure (1852), il défend l’usage général et systématique du « principe des signes », qui donne un sens aux segments et aux angles. Mais la propriété était déjà utilisée bien avant lui, et le rattachement de son nom est surtout une habitude de l’enseignement francophone. En anglais, elle n’a pas de nom particulier : c’est l’une des règles de base du calcul vectoriel, que certains exposés prennent comme axiome.
La notion de vecteur elle-même s’est formée progressivement au cours du XIXe siècle, en même temps que l’algèbre des grandeurs orientées que Chasles défendait en géométrie.
Ce que montre l’affiche
Le programme place deux points et , puis six points répartis sur un cercle qui les entoure. Pour chacun, il dessine le chemin fait des deux flèches et ; l’un d’eux est mis en valeur avec le nom de ses points. Avant de tracer le vecteur , en couleur vive, il vérifie par le calcul que, pour les six points , la somme des deux vecteurs a exactement les coordonnées de : les six détours, très différents, mènent tous au même déplacement. Comme tous les dessins de la boutique, il est calculé par des programmes écrits pour l’atelier, à partir de la formule elle-même, et existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.
Pour aller plus loin
- L’inégalité triangulaire, la version des longueurs.
- Le théorème d’Al-Kashi, qui se démontre avec la relation de Chasles et le produit scalaire.
- Le produit scalaire, autre opération sur les vecteurs.
- Le théorème fondamental de l’analyse, pour la forme intégrale.
Vérifiée par le calcul
Les contrôles de cette formule
Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode
- AB→ + BC→ = AC→ pour 20 000 triplets tirés au hasard (coordonnées, plan et espace)écart maximal 0.00e+0
- chaîne : P₀P₁→ + P₁P₂→ + … + P₄₈P₄₉→ = P₀P₄₉→ (200 chaînes de 50 points)écart maximal 0.00e+0
- mesures algébriques sur un axe : AB + BC = AC, même si B n’est pas entre A et C (6 729 cas sur 10 000)
- intégrales (forme de Chasles) : ∫ de 0 à 4 + ∫ de 4 à 1,5 = ∫ de 0 à 1,5 pour cosobtenu 0.997494986604009, attendu 0.997494986604055, écart 4.61e-14 (tolérance 1e-10)
- intégrales (forme de Chasles) : ∫ de −1 à 3 + ∫ de 3 à 2 = ∫ de −1 à 2 pour x ↦ x²obtenu 2.999999999999986, attendu 3.0000000000000013, écart 5.18e-15 (tolérance 1e-10)
- intégrales (forme de Chasles) : ∫ de 2 à −1 + ∫ de −1 à 0,5 = ∫ de 2 à 0,5 pour expobtenu -5.740334828230708, attendu -5.740334828230537, écart 2.97e-14 (tolérance 1e-10)
- contre-exemple : les longueurs ne s’additionnent pas (AB + BC ≠ AC si B n’est pas sur [AC])AB + BC = 7.2111, AC = 4
- contre-exemple : AB→ + CB→ ≠ AC→ (il faut que le second vecteur parte du point d’arrivée du premier)
- dessin : pour les 6 points B, AB→ + BC→ = AC→ = (6 ; 0)écart maximal 0.00e+0
- dessin : aucun point B sur la droite (AC) (les chemins sont distincts du vecteur AC→)
Sources
Questions fréquentes
À quoi sert la relation de Chasles ?
Elle permet d’additionner des vecteurs mis bout à bout et, surtout, de décomposer un vecteur en passant par un point bien choisi : . C’est l’outil de base des démonstrations vectorielles.
La relation de Chasles marche-t-elle avec les longueurs ?
Non, en général. Les longueurs vérifient seulement ; l’égalité n’a lieu que si est sur le segment .
Qu’est-ce que la relation de Chasles pour les intégrales ?
Pour une fonction continue, . Elle permet de découper un intervalle d’intégration en morceaux, par exemple pour intégrer une fonction définie par morceaux.
Comment soustraire deux vecteurs avec la relation de Chasles ?
On écrit . Soustraire un vecteur revient à ajouter le vecteur opposé, obtenu en échangeant ses deux lettres.
Qui était Michel Chasles ?
Un mathématicien français (1793-1880), spécialiste de géométrie, professeur à la Sorbonne et membre de l’Académie des sciences. Il est connu pour ses travaux de géométrie projective et pour son histoire des méthodes en géométrie, l’Aperçu historique de 1837.



