Analyse · 4 affiches · formule n° 66
Le produit vectoriel
Le produit vectoriel associe à deux vecteurs de l’espace un troisième vecteur, perpendiculaire aux deux premiers. Sa longueur est l’aire du parallélogramme qu’ils forment, et son sens est donné par la règle de la main droite.
Quatre styles
Les affiches
La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.
Ce que dit la formule
On se place dans l’espace à trois dimensions, muni d’un repère orthonormé direct (trois axes perpendiculaires deux à deux, de même unité, orientés selon la règle de la main droite). Soient et deux vecteurs qui forment l’angle . Alors :
- se lit « vectoriel ». En France on note le produit avec le symbole ; la plupart des ouvrages en anglais écrivent (cross product). Le résultat est un vecteur, pas un nombre.
- et sont les coordonnées des deux vecteurs. La formule en coordonnées n’est valable que dans une base orthonormée directe ; dans une base orthonormée indirecte, elle donnerait le vecteur opposé.
- est la norme (la longueur) de , et l’angle entre les deux vecteurs, compris entre et : son sinus est donc positif ou nul.
Le produit vectoriel est entièrement décrit par trois propriétés géométriques :
- Direction. Si et ne sont pas colinéaires, est perpendiculaire à et à , donc au plan qu’ils engendrent.
- Longueur. Sa norme est l’aire du parallélogramme construit sur et .
- Sens. Le triplet est direct : avec la main droite, si le pouce suit et l’index suit , le majeur replié indique le sens de . De façon équivalente, vu depuis la pointe de , on tourne de vers dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
Conséquences utiles :
- si et seulement si et sont colinéaires (en particulier si l’un d’eux est nul).
- Antisymétrie : . L’ordre compte.
- Le produit vectoriel n’est pas associatif : , alors que .
- Pour les vecteurs de la base : , , .
- Le produit mixte est le déterminant des trois vecteurs : sa valeur absolue est le volume du parallélépipède qu’ils forment.
En physique, le produit vectoriel apparaît dès qu’une grandeur dépend d’une rotation ou d’un sens de parcours : moment d’une force , moment cinétique, force magnétique sur une charge en mouvement.
Un exemple
Prenons et . Composante par composante :
Vérification de la perpendicularité. Avec : . Avec : .
La longueur. , environ . C’est l’aire du parallélogramme construit sur et ; le triangle de sommets , , en a la moitié, environ .
On peut contrôler ce résultat autrement : , et , d’où , comme annoncé par l’identité de Lagrange (voir plus bas). Les deux vecteurs sont presque alignés : l’angle vaut environ , et son sinus environ .
Un exemple de physique. On serre un écrou avec une clé de m, posée selon l’axe des , en tirant avec une force de N selon l’axe des . Le moment de la force vaut : N·m, dirigé selon l’axe des , l’axe de rotation de l’écrou.
Pourquoi c’est vrai
On part de la formule en coordonnées et l’on vérifie les trois propriétés géométriques.
Perpendicularité. En développant, : les six termes s’annulent deux à deux, donc . Le même calcul vaut pour .
Longueur. Un calcul direct, un peu long mais sans difficulté, donne l’identité de Lagrange :
Autrement dit, . Comme (voir le produit scalaire), on obtient . Le sinus étant positif entre et , on prend la racine carrée : . Enfin, l’aire d’un parallélogramme est le produit de sa base par sa hauteur .
Sens. Le déterminant des trois vecteurs , , vaut , strictement positif quand les vecteurs ne sont pas colinéaires : le triplet est direct. Pour et , la formule donne bien .
L’atelier a contrôlé ces égalités sur 10 000 couples de vecteurs tirés au hasard, en mesurant l’angle séparément et en comparant la norme à l’aire calculée par la formule de Héron.
Un peu d’histoire
Le produit vectoriel est plus ancien que son nom. En 1773, Joseph-Louis Lagrange utilise déjà ses composantes, sans le nommer, dans un travail sur le tétraèdre.
En 1843, William Rowan Hamilton invente les quaternions ; le produit de deux quaternions « purs » contient, d’un seul coup, l’opposé du produit scalaire et le produit vectoriel. C’est aussi Hamilton qui introduit les mots vecteur et scalaire. En 1844, Hermann Grassmann publie de son côté une algèbre des grandeurs étendues, qui ne se limite pas à trois dimensions.
La présentation actuelle vient de la fin du XIXe siècle. William Kingdon Clifford emploie l’expression vector product en 1878 ; Josiah Willard Gibbs, dans des notes de cours de 1881, note le produit , et son élève Edwin Bidwell Wilson publie ces leçons en 1901 sous le titre Vector Analysis. Selon l’historien Florian Cajori, la notation , aujourd’hui courante en France, est introduite en 1908 par les Italiens Cesare Burali-Forti et Roberto Marcolongo.
Ce que montre l’affiche
Un vecteur fixe et 24 vecteurs de même longueur, tous les , dans un plan horizontal vu en perspective. Au bout de chaque se dresse le vecteur , calculé par la formule en coordonnées : il monte quand l’angle de vers est compris entre et , descend au-delà, et s’annule quand les deux vecteurs sont alignés ; sa longueur suit le sinus de l’angle. Pour , le parallélogramme construit sur et est coloré, et son aire est exactement la longueur du vecteur en couleur. Le dessin est calculé par des programmes écrits pour l’atelier ; l’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.
Pour aller plus loin
- Le produit scalaire, l’autre produit de deux vecteurs, qui donne un nombre.
- Le déterminant, qui mesure aires et volumes orientés.
- Les quaternions, d’où le produit vectoriel est sorti en 1843.
- Les équations de Maxwell, écrites avec le rotationnel , un produit vectoriel avec l’opérateur de dérivation.
Sources : Produit vectoriel (Wikipédia) (nouvel onglet), Cross product (Wikipedia) (nouvel onglet), Cross Product (Wolfram MathWorld) (nouvel onglet).
Vérifiée par le calcul
Les contrôles de cette formule
Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode
- u ∧ v est orthogonal à u et à v (10 000 couples tirés au hasard)|w·u|/(‖w‖‖u‖) maximal 1.05e-15
- ‖u ∧ v‖ = ‖u‖‖v‖ sin θ, angle mesuré à part (10 000 couples)écart maximal (rapporté à ‖u‖‖v‖) 5.87e-16
- identité de Lagrange : ‖u ∧ v‖² = ‖u‖²‖v‖² − (u·v)² (10 000 couples)écart maximal 9.72e-16
- ‖u ∧ v‖ = aire du parallélogramme (formule de Héron, 10 000 couples)écart maximal 2.60e-14
- (u, v, u ∧ v) est une base directe : det(u, v, u ∧ v) = ‖u ∧ v‖² ≥ 0
- base orthonormée directe : i ∧ j = k, j ∧ k = i, k ∧ i = j
- antisymétrie : v ∧ u = −(u ∧ v) (5 000 couples)
- identité de Jacobi (5 000 triplets)écart maximal 3.61e-16
- vecteurs colinéaires : u ∧ (−2,5 u) = 0
- contre-exemple : (i ∧ i) ∧ j = 0 mais i ∧ (i ∧ j) = −j (pas d’associativité)
- exemple : (1, 2, 3) ∧ (4, 5, 6) = (−3, 6, −3)
- dessin : la vue (droite, haut, vers le lecteur) est une rotation de déterminant +1obtenu 0.9999999999999999, attendu 1, écart 1.11e-16 (tolérance 1e-12)
- dessin : 24 vecteurs, u ∧ v vers le haut pour 0° < θ < 180°, vers le bas au-delà, nul à 0° et 180°
- dessin : pour θ = 60°, aire = sin 60° = √3/2obtenu 0.8660254037844386, attendu 0.8660254037844386, écart 0.00e+0 (tolérance 1e-15)
Sources
Questions fréquentes
Comment calculer un produit vectoriel ?
Dans un repère orthonormé direct, pour (x, y, z) et (x′, y′, z′), le produit vaut (yz′ − zy′, zx′ − xz′, xy′ − yx′). Par exemple, (1, 2, 3) ∧ (4, 5, 6) = (−3, 6, −3).
Quelle est la différence entre produit scalaire et produit vectoriel ?
Le produit scalaire donne un nombre, ‖u‖‖v‖ cos θ, nul pour des vecteurs perpendiculaires. Le produit vectoriel donne un vecteur perpendiculaire aux deux autres, de longueur ‖u‖‖v‖ sin θ, nul pour des vecteurs colinéaires.
Que signifie un produit vectoriel nul ?
Que les deux vecteurs sont colinéaires (de même direction), ou que l’un d’eux est nul. Le parallélogramme qu’ils forment est alors aplati, d’aire nulle.
Comment appliquer la règle de la main droite ?
Avec la main droite, le pouce dans le sens de u et l’index dans le sens de v : le majeur, replié perpendiculairement aux deux, indique le sens de u ∧ v.
Le produit vectoriel est-il commutatif ?
Non : il est antisymétrique, v ∧ u = −(u ∧ v). Il n’est pas non plus associatif.



