Nombres · 4 affiches · formule n° 8
Le nombre e
Le nombre e, environ 2,718, s’obtient de deux façons : en additionnant 1 + 1 + 1/2 + 1/6 + 1/24 + …, ou comme limite de (1 + 1/n)^n quand n grandit. C’est la base de l’exponentielle et des logarithmes népériens.
Quatre styles
Les affiches
La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.
Ce que dit la formule
La formule donne deux définitions du même nombre et affirme qu’elles coïncident :
- est un entier naturel. Dans la limite, prend les valeurs et devient aussi grand que l’on veut.
- (« factorielle ») est le produit , avec la convention . Ainsi et .
- désigne une somme infinie : c’est la limite des sommes partielles quand grandit.
- désigne la valeur dont s’approche autant que l’on veut quand devient très grand.
Ce nombre vaut Il n’est pas une fraction (il est irrationnel) et n’est solution d’aucune équation polynomiale à coefficients entiers (il est transcendant). Les deux définitions se généralisent à tout nombre réel : , et la formule de l’affiche correspond au cas . C’est la base de la fonction exponentielle : est l’unique fonction dérivable égale à sa dérivée et valant en . Le logarithme népérien est le logarithme de base : .
Un exemple
Les intérêts composés. Placez 1 € à un taux de 100 % par an.
- Intérêts versés une fois par an : vous obtenez €.
- Deux fois par an, à 50 % chaque semestre : €.
- Chaque mois, à de 100 % : €.
- Chaque jour, sur 365 jours : €.
Plus les versements sont fréquents, plus le capital final grandit, mais il ne dépasse jamais € : c’est la valeur limite, celle d’intérêts « composés en continu ».
La somme des inverses des factorielles. Additionnons les premiers termes : ; ; ; ; ; . Avec les onze termes de à , on obtient environ , soit sept décimales justes. À l’inverse, converge lentement : même pour , on n’obtient qu’environ .
Un exemple de probabilités. Le nombre apparaît aussi, à travers , dans des questions de hasard. Si vous avez une chance sur de gagner à chaque partie et que vous jouez parties indépendantes, la probabilité de ne jamais gagner vaut , déjà proche de : en effet, tend vers quand grandit. Autre exemple : dix personnes déposent chacune un papier à leur nom dans un chapeau, puis en tirent un au hasard. La probabilité que personne ne tire son propre nom vaut , qui coïncide avec sur ses sept premières décimales.
Pourquoi c’est vrai
Notons et .
1. La somme infinie existe. Pour , on a , donc . Les sommes augmentent et restent inférieures à . Elles ont donc une limite .
2. On développe . Par la formule du binôme,
Chaque parenthèse est comprise entre et , donc chaque terme est au plus : on obtient .
3. On minore . Fixons un entier . Pour , en ne gardant que les termes jusqu’à , est au moins égal à . Quand grandit, cette somme finie tend vers . Comme est aussi proche de qu’on le veut pour assez grand, finit par être aussi proche de qu’on le veut, tout en restant au plus égal à . Donc tend vers : les deux définitions donnent le même nombre.
4. Pourquoi la somme converge si vite. Ce qui manque à pour atteindre est , qui est inférieur à . Pour , cette borne vaut environ , et l’écart réel est d’environ .
La même somme montre aussi que est irrationnel : voir la FAQ ci-dessous.
Un peu d’histoire
Des calculs qui font intervenir ce nombre, sans le nommer, figurent dès 1618 dans une table annexée à un ouvrage de John Napier (Neper) sur les logarithmes. En référence à ces logarithmes, on l’appelle aussi, en français, nombre de Néper ou constante de Néper, bien que Napier ne l’ait pas nommé. En 1683, Jacques Bernoulli rencontre la limite de en étudiant les intérêts composés.
La lettre vient de Leonhard Euler. Il l’emploie dès 1727 ou 1728 dans un manuscrit resté inédit, puis dans une lettre à Christian Goldbach en 1731 ; sa première apparition imprimée se trouve dans sa Mechanica (1736). On ne sait pas avec certitude pourquoi il a choisi cette lettre. Euler établit aussi l’égalité avec la somme des et montre en 1737, à l’aide des fractions continues, que est irrationnel.
En 1873, Charles Hermite démontre que est transcendant. C’est le premier nombre dont on ait prouvé la transcendance sans l’avoir construit exprès pour cela. En 1882, Ferdinand von Lindemann s’inspire de sa méthode pour prouver que est transcendant à son tour.
Ce que montre l’affiche
Le dessin met côte à côte les deux chemins de la formule, calculés terme à terme par le programme pour à . Les points du haut sont les sommes , , … : partis de , ils rejoignent la ligne horizontale marquée en quelques pas. Les points du bas, portés par des barres verticales, sont les valeurs de : ils montent lentement, de à environ pour , sans jamais atteindre la ligne. L’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.
Pour aller plus loin
- L’identité d’Euler et la formule d’Euler, où rencontre et .
- La spirale logarithmique, courbe de l’exponentielle.
- La formule de Stirling, qui relie à .
- La loi normale et l’intégrale de Gauss, construites sur .
Vérifiée par le calcul
Les contrôles de cette formule
Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode
- Σ 1/n! (25 termes) = eobtenu 2.7182818284590455, attendu 2.718281828459045, écart 1.63e-16 (tolérance 1e-15)
- (1 + 1/n)ⁿ pour n = 10⁸ ≈ e (à 10⁻⁷ près)obtenu 2.7182818148676366, attendu 2.718281828459045, écart 5.00e-9 (tolérance 1e-7)
- décimales affichées = OEIS A001113 (2,7182818284…)
Sources
Questions fréquentes
Combien vaut le nombre e ?
Ses décimales ne s’arrêtent jamais et ne se répètent pas périodiquement, puisque est irrationnel.
Pourquoi appelle-t-on ce nombre e ?
La notation vient d’Euler, qui l’utilise dès 1727 ou 1728 et la fait imprimer en 1736. On ignore pourquoi il a choisi cette lettre ; l’idée qu’il l’aurait prise pour l’initiale de son nom n’est pas établie.
Quel est le lien entre e, l’exponentielle et ln ?
La fonction exponentielle est , et le logarithme népérien est sa réciproque : . En particulier et .
Comment prouver que e est irrationnel ?
Si l’on avait avec des entiers, le nombre , où , serait un entier. Or il est strictement compris entre et , puisqu’il vaut : c’est impossible.
À quoi sert le nombre e ?
Il apparaît dès qu’une quantité varie proportionnellement à elle-même : intérêts composés en continu, croissance d’une population idéalisée, décroissance radioactive, charge d’un condensateur. On le retrouve aussi en probabilités, par exemple dans la loi normale.



