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Analyse · 4 affiches · formule n° 17

La transformée de Fourier

La transformée de Fourier mesure, pour chaque fréquence, quelle part d’un signal oscille à ce rythme. Elle fait passer d’une fonction du temps (ou de l’espace) à son spectre de fréquences.

Voir les 4 affiches 2 contrôles par le calcul

Convention avec 2π2\pi dans l’exponentielle ; d’autres ouvrages en utilisent une autre. Dessin : un signal (en haut) et sa transformée calculée (en bas), qui fait ressortir ses deux fréquences, 3 et 7.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la formule

Pour une fonction ff intégrable sur R\mathbb{R}, c’est-à-dire telle que ∫−∞+∞|f(x)|dx\int_{-\infty}^{+\infty} |f(x)|\,\mathrm{d}x soit finie, on définit pour tout réel ξ\xi :

f^(ξ)=∫−∞+∞f(x)e−2iπxξdx\hat{f}(\xi) = \int_{-\infty}^{+\infty} f(x)\, e^{-2i\pi x \xi}\, \mathrm{d}x
  • ff est le signal de départ ; xx est souvent un temps (ou une position).
  • ξ\xi (la lettre grecque « ksi ») est une fréquence : le nombre d’oscillations par unité de xx.
  • f^(ξ)\hat{f}(\xi) (« ff chapeau ») est la transformée de Fourier de ff. C’est en général un nombre complexe : son module dit combien de la fréquence ξ\xi contient le signal, son argument dit avec quel décalage.
  • ii est l’unité imaginaire (i2=−1i^2 = -1), et e−2iπxξ=cos⁡(2πxξ)−isin⁡(2πxξ)e^{-2i\pi x\xi} = \cos(2\pi x\xi) - i\sin(2\pi x\xi) d’après la formule d’Euler : c’est une oscillation pure de fréquence ξ\xi.

Un cas simple. Si ff est réelle et paire, comme le signal de l’affiche, la partie en sinus s’annule par symétrie et f^(ξ)=∫−∞+∞f(x)cos⁡(2πxξ)dx\hat{f}(\xi) = \int_{-\infty}^{+\infty} f(x)\cos(2\pi x\xi)\,\mathrm{d}x : la transformée est alors réelle et paire, avec les mêmes valeurs en ξ\xi et en −ξ-\xi. C’est pourquoi chaque fréquence apparaît deux fois, une fois de chaque côté de zéro.

La formule d’inversion. Si de plus f^\hat{f} est intégrable et ff continue, on retrouve ff à partir de son spectre :

f(x)=∫−∞+∞f^(ξ)e2iπxξdξ.f(x) = \int_{-\infty}^{+\infty} \hat{f}(\xi)\, e^{2i\pi x \xi}\, \mathrm{d}\xi.

Avec cette convention, l’aller et le retour ont la même forme, au signe près dans l’exponentielle.

Les autres conventions. Cette page utilise la convention avec 2π2\pi dans l’exponentielle. Beaucoup d’ouvrages, notamment en physique, utilisent plutôt la pulsation ω=2πξ\omega = 2\pi\xi :

F(ω)=∫−∞+∞f(x)e−iωxdx,f(x)=12π∫−∞+∞F(ω)eiωxdω.F(\omega) = \int_{-\infty}^{+\infty} f(x)\, e^{-i\omega x}\, \mathrm{d}x, \qquad f(x) = \frac{1}{2\pi}\int_{-\infty}^{+\infty} F(\omega)\, e^{i\omega x}\, \mathrm{d}\omega.

D’autres répartissent le facteur en mettant 12π\frac{1}{\sqrt{2\pi}} devant chacune des deux intégrales, et certains changent le signe de l’exponentielle. Toutes décrivent la même chose, mais les formules (inversion, exemples) diffèrent par des facteurs : il faut toujours vérifier la convention d’un ouvrage avant d’en reprendre un résultat. Ici, F(ω)=f^(ω2π)F(\omega) = \hat{f}\left(\frac{\omega}{2\pi}\right).

Un exemple

Prenons la fonction porte ff, qui vaut 1 pour −12≤x≤12-\frac{1}{2} \leq x \leq \frac{1}{2} et 0 ailleurs.

  1. L’intégrale se limite à l’intervalle où f=1f = 1 : f^(ξ)=∫−1/21/2e−2iπxξdx\hat{f}(\xi) = \int_{-1/2}^{1/2} e^{-2i\pi x\xi}\,\mathrm{d}x.
  2. Pour ξ=0\xi = 0, l’exponentielle vaut 1 et f^(0)=1\hat{f}(0) = 1, l’aire sous la porte.
  3. Pour ξ≠0\xi \neq 0, une primitive de e−2iπxξe^{-2i\pi x\xi} est e−2iπxξ−2iπξ\frac{e^{-2i\pi x\xi}}{-2i\pi\xi}, d’où
f^(ξ)=eiπξ−e−iπξ2iπξ=sin⁡(πξ)πξ.\hat{f}(\xi) = \frac{e^{i\pi\xi} - e^{-i\pi\xi}}{2i\pi\xi} = \frac{\sin(\pi\xi)}{\pi\xi}.

Quelques valeurs : f^(12)=2π\hat{f}\left(\frac{1}{2}\right) = \frac{2}{\pi}, environ 0,6366 ; f^(1)=0\hat{f}(1) = 0 ; f^(32)=−23π\hat{f}\left(\frac{3}{2}\right) = -\frac{2}{3\pi}, environ −0,2122-0{,}2122. Une intégrale calculée numériquement donne les mêmes nombres. Le spectre d’un créneau bref s’étale donc sur de nombreuses fréquences, en s’atténuant lentement.

Plus court, plus large. Si l’on comprime le signal, g(x)=f(ax)g(x) = f(ax) avec a>0a > 0, le changement de variable u=axu = ax donne g^(ξ)=1af^(ξa)\hat{g}(\xi) = \frac{1}{a}\hat{f}\left(\frac{\xi}{a}\right) : le spectre s’élargit d’autant. Une porte deux fois plus étroite a un spectre deux fois plus étalé. Ce lien entre durée et étendue des fréquences est la forme mathématique du principe d’incertitude, en traitement du signal comme en mécanique quantique.

L’énergie se conserve. Avec la convention en 2π2\pi, le théorème de Plancherel affirme que ∫|f(x)|2dx=∫|f^(ξ)|2dξ\int |f(x)|^2\,\mathrm{d}x = \int |\hat{f}(\xi)|^2\,\mathrm{d}\xi pour toute fonction à la fois intégrable et de carré intégrable (puis, par prolongement de la définition, pour toute fonction de carré intégrable). Pour la porte, le membre de gauche vaut 1. Le calcul numérique de ∫(sin⁡πξπξ)2dξ\int \left(\frac{\sin \pi\xi}{\pi\xi}\right)^2\mathrm{d}\xi entre −2000-2\,000 et 20002\,000 donne environ 0,99994 : la petite différence correspond aux fréquences laissées de côté, qui pèsent environ 0,00005.

Pourquoi c’est vrai

La formule est une définition ; ce qui se démontre, ce sont ses propriétés. En voici deux, avec leur preuve.

Elle repère les fréquences. Si g(x)=f(x)cos⁡(2πax)g(x) = f(x)\cos(2\pi a x), alors, puisque cos⁡θ=eiθ+e−iθ2\cos\theta = \frac{e^{i\theta} + e^{-i\theta}}{2},

g^(ξ)=f^(ξ−a)+f^(ξ+a)2.\hat{g}(\xi) = \frac{\hat{f}(\xi - a) + \hat{f}(\xi + a)}{2}.

Multiplier un signal par une oscillation de fréquence aa recopie son spectre autour de aa et de −a-a.

La gaussienne est sa propre transformée. Soit φ(x)=e−πx2\varphi(x) = e^{-\pi x^2} et F=φ^F = \hat{\varphi}. On a φ′(x)=−2πxφ(x)\varphi'(x) = -2\pi x\,\varphi(x). En dérivant sous le signe intégrale (ce que la décroissance très rapide de φ\varphi autorise), puis en intégrant par parties :

F′(ξ)=∫−∞+∞(−2iπx)φ(x)e−2iπxξdx=i∫−∞+∞φ′(x)e−2iπxξdx=−2πξF(ξ).F'(\xi) = \int_{-\infty}^{+\infty} (-2i\pi x)\,\varphi(x)\, e^{-2i\pi x\xi}\,\mathrm{d}x = i\int_{-\infty}^{+\infty} \varphi'(x)\, e^{-2i\pi x\xi}\,\mathrm{d}x = -2\pi\xi\, F(\xi).

De plus, F(0)=∫e−πx2dx=1F(0) = \int e^{-\pi x^2}\mathrm{d}x = 1 d’après l’intégrale de Gauss (avec le changement de variable u=πxu = \sqrt{\pi}\,x). La seule solution de cette équation qui vaut 1 en 0 est F(ξ)=e−πξ2F(\xi) = e^{-\pi\xi^2} : la transformée de e−πx2e^{-\pi x^2} est e−πξ2e^{-\pi \xi^2}. Ce résultat est propre à la convention en 2π2\pi ; avec une autre, des facteurs apparaissent.

La démonstration de la formule d’inversion dépasse le cadre de cette page ; une preuve classique passe justement par des gaussiennes de plus en plus étroites.

Un peu d’histoire

La transformée de Fourier prolonge les séries de Fourier aux fonctions qui ne sont pas périodiques. Elle apparaît dans la Théorie analytique de la chaleur de Joseph Fourier, publiée en 1822. La théorie rigoureuse, avec les conditions précises d’existence et d’inversion, s’est construite au XIXe et au XXe siècle.

Elle est aujourd’hui partout : analyse du son, compression d’images, imagerie médicale par résonance magnétique, optique, mécanique quantique. En pratique, les ordinateurs en calculent une version discrète avec un algorithme rapide, la FFT, popularisé par James Cooley et John Tukey en 1965.

Ce que montre l’affiche

En haut, un signal : une cloche e−πx2e^{-\pi x^2} multipliée par la somme de deux oscillations, de fréquences 3 et 7, la seconde d’amplitude 0,6. En bas, sa transformée, calculée par le programme de l’atelier en évaluant l’intégrale de la formule sur 8 000 points, pour ξ\xi allant de −9-9 à 99. Le spectre fait ressortir deux paires de pics, de hauteur 0,5 en ±3\pm 3 et 0,3 en ±7\pm 7, comme le prévoit la propriété de décalage ci-dessus : la transformée exacte est 12(φ(ξ−3)+φ(ξ+3))+0,3(φ(ξ−7)+φ(ξ+7))\frac{1}{2}\big(\varphi(\xi - 3) + \varphi(\xi + 3)\big) + 0{,}3\big(\varphi(\xi - 7) + \varphi(\xi + 7)\big), avec φ(u)=e−πu2\varphi(u) = e^{-\pi u^2}, et le calcul numérique la retrouve. L’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • transformée calculée par l’intégrale = transformée exacte du signal du dessinécart maximal 1.30e-15
  • la gaussienne e^(−πx²) est sa propre transformée (ξ = 0,7)obtenu 0.21451397306126158, attendu 0.21451397306126196, écart 1.81e-15 (tolérance 1e-12)

Sources

Questions fréquentes

À quoi sert la transformée de Fourier ?

Elle décompose un signal en fréquences. On l’utilise pour analyser un son, filtrer un bruit, compresser des images, reconstruire des images d’IRM ou résoudre des équations différentielles.

Quelle est la différence entre série et transformée de Fourier ?

La série de Fourier concerne les fonctions périodiques et n’utilise que des fréquences multiples d’une fréquence de base. La transformée s’applique aux fonctions non périodiques et fait intervenir toutes les fréquences réelles.

Pourquoi trouve-t-on des formules différentes selon les livres ?

Plusieurs conventions coexistent : avec 2π dans l’exponentielle (celle de cette page), ou avec la pulsation ω et un facteur 1/(2π) ou 1/√(2π) devant les intégrales. Elles sont équivalentes, mais les résultats diffèrent par des facteurs.

Quelle est la transformée de Fourier d’une gaussienne ?

Avec la convention en 2π, la gaussienne e^(−πx²) est sa propre transformée. Plus généralement, une gaussienne a pour transformée une autre gaussienne, d’autant plus large que la première est étroite.

Qu’est-ce que la FFT ?

La FFT (« transformée de Fourier rapide ») est un algorithme qui calcule la transformée de Fourier discrète d’une suite de N valeurs en un nombre d’opérations proportionnel à N log N au lieu de N².